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Et le phylloxéra changea la viticulture française

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Le phylloxéra de la vigne est un minuscule puceron originaire d'Amérique du nord. Il fut responsable, dans la deuxième partie du 19e siècle, d'une terrible catastrophe causant d'épouvantables dégâts sur les vignobles français et européens. L'agriculture française n'avait jamais connu un tel désastre. La recherche d'un remède pour combattre le fléau a monopolisé toute l'énergie des viticulteurs des scientifiques et des hommes politiques.

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En 1863, les vignobles de Pujaut, dans le Gard, sont atteints par une mystérieuse maladie qui provoque le dessèchement des sarments et des feuilles, entraînant la mort des ceps. Le premier signalement de la nouvelle maladie de la vigne est donné en 1867 par Monsieur Delorme, régisseur d'un domaine viticole près d'Arles, qui, après l'arrachage des ceps en pleine vigueur, voisins de ceux desséchés, avait envoyé ses observations au comité agricole d'Aix.

 

 

 

En 1868, la maladie s'étant propagée à une vitesse foudroyante, la société centrale d'agriculture de l'Hérault nomme une commission qui va se rendre dans le Vaucluse pour étudier les vignes malades. Cette commission se compose de trois experts dont les compétences sont reconnues dans le domaine biologique et agricole : Gaston Bazille, Félix Sahut et Jean-Emile Planchon. Les trois experts découvrent dans les vignes dévastées la présence de « centaines, de milliers de pucerons vus à divers états de développement ». A la fin de leur visite dans les vignobles touchés, un rapport est publié dans plusieurs revues agricoles et Planchon écrit un compte-rendu pour l'académie des sciences. Le message est clair : « Quelque peu agréable que soit le rôle de prophète de malheur, il est de notre devoir de faire connaître la pénible impression que nous rapportons de Provence, et de sonner le tocsin d'alarme ... Le mal est déjà immense, il a un caractère contagieux auquel on ne peut se méprendre, et si le fléau ne disparaît pas comme il est venu, si un remède prompt et énergique n'est pas trouvé, avant dix ans, la Provence n'aura plus une seule vigne ... »

Planchon, botaniste de formation, ne s'arrête pas à la découverte première et, aidé par Jules Lichtenstein, excellent entomologiste amateur, il met en évidence la présence des larves du puceron sur les racines malades. Il propose d'appeler l'insecte « rhizaphis vastatrix », mais le docteur Victor Signoret, entomologiste parisien à qui Planchon avait envoyé des spécimens reconnaît un phylloxéra proche de ceux vivant sur des chênes et qui provoquaient le dessèchement des feuilles, d'où leur nom (du grec phyllon « feuille » et xeros « sec « ). Le responsable est nommé : phylloxéra vastatrix (du latin vastatrix « dévastateur). 

 

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Pendant ce temps, l'insecte continue de se répandre dans l'ensemble du pays en ouvrant deux fronts à la fois : d'un côté la Provence et le Languedoc, de l'autre, la région de Bordeaux, à partir d'un foyer d'infection installé primitivement à Floirac. Inexorablement, le mal remonte vers le nord. Les vignerons sont désemparés devant un tel ennemi, ils réagissent d'abord par l'incrédulité, puis par la panique qui les livre aux charlatans de tout genre : les remèdes les plus divers leur sont proposés, tous plus inefficaces les uns que les autres... Au début des années 1880, les trois quarts du vignoble français ont disparu !

Mais dans leurs laboratoires ou leurs champs d'expérimentation, les scientifiques cherchent des solutions pour sauver la viticulture française. Plusieurs propositions sérieuses sont avancées : la submersion des vignes, la lutte chimique avec le sulfure de carbone (recherches entreprises par le docteur Ferdinand Crolas) et le recours aux vignes américaines.

Léopold Laliman, propriétaire en Bordelais, a très vite avancé l'idée d'une immunité acquise par certains cépages américains. De son côté, Jules-Emile Planchon établit, en 1870, que le phylloxéra avait été introduit par des viticulteurs ayant importé des plants américains supposés plus résistants à l'oïdium. Ayant contacté des scientifiques américains (dont l'entomologiste Charles-Valentine Riley, qui fera par la suite de nombreux voyages en France), Planchon partit en mission aux Etats-Unis et revint avec un grand nombre de plants américains qui furent expérimentés à l'école d'agriculture de Montpellier. Avec Jules Lichtenstein, il commence à greffer des cépages français sur des plants américains racinés.

 

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En 1875, il publie chez l'éditeur montpelliérain Coulet, « Les Vignes américaines, leur culture, leur résistance au phylloxéra et leur avenir en Europe ». ce livre deviendra la bible des premiers américanistes. Au fur et à mesure, les techniques de greffage s'améliorent, le choix des plants américains s'affine, l'adaptation des plants se fait selon les différents territoires. Dans le Rhône, Victor Pulliat, après avoir créé la société régionale de viticulture de Lyon en 1869, prônera par des conférences et des cours le greffage sur porte-greffes résistants. Il ouvre une pépinière gratuite et lance, en 1877, la revue « La Vigne américaine et la viticulture française en Europe ». 

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Après des années d'opposition entre les divers procédés, l'option des américanistes (adoption des porte-greffes issus des plants américains résistants au phylloxéra) l'emporte sur les sulfuristes (injection du sulfure de carbone au pied des ceps, au moyen des pals métalliques). Même si les sulfuristes ont encore leurs adeptes, la reconstitution du vignoble est en marche. Entre 1885 et 1895, un nouveau vignoble est implanté en France, réduit cependant d'un tiers : 1 740 000 hectares en 1900 contre 2 600 000 en 1865. Mais, très rapidement, le vignoble régénéré  arrivera à produire dans les années 1900-1909 57 millions d'hectolitres de vin contre 53 millions en moyenne avant l'arrivée du phylloxéra. Les modifications techniques imposées par la lutte contre le « puceron dévastateur » vont entraîner des changements radicaux dans la culture de la vigne.

 

 

 

La rédaction de cet article a été faite grâce aux auteurs suivants :

L'Invasion du vignoble par le phylloxéra / J. Paul Legros. - 2008 (copie de 1993).- 17 f. : ill. ; 30 cm.
Académie des sciences et lettres de Montpellier, séance du 14-06-1993, conférence No 2102, Bill. n° 24, pp. 205-222

Victoire sur le phylloxéra / Rémy Pech.- 1979.- pp. 77-78 : ill.
In : Histoire (8 du 01/01/1979).

Et le plant américain sauva la vigne française... / Gilbert Garrier.- 1979.- pp. 70-723 : ill.
In : Histoire (141 du 01/02/1991).

Une Coopération exemplaire entre entomologistes français et américains pendant la crise du phylloxéra en France (1868-1895) / Yves Carton, Conner Sorensen, Janet Smith...- 2007.- pp. 103-125 : ill.
Extr. des Annales de la société entomologique de France, 2007, 43 (1), pp. 103-125.